J'ai envie de l'écrire depuis longtemps, cet article là. Quand quelque chose me chagrine, me dérange, ça peut vite finir par devenir obsessionnel. Le besoin d'en parler, ici. 

Le tutoiement. Le vouvoiement. Ce truc de snobinard prétentieux, qui se révèle être, selon moi, une barrière humaine révoltante. 

Une culture. La notre, cette bonne vieille France et sa langue, entière, complexe. Et grotesque.

En Angleterre, pas de "vous". En Amérique non plus. Et je ne crois pas que ça existe ailleurs. Si j'ai tord, corrigez-moi, mais pour être sincère, je ne changerai pas d'avis sur le fond malgré ma potentielle faute. 

L'amical, le gentil, le doux et familier "tu". Le frère, la soeur, l'ami, l'aimé. Utilisé, aussi, de façon à marquer une claire infériorité. C'est ainsi qu'on tutoie quelqu'un qu'on interroge au commissariat, un enfant sous prétexte de son jeune âge, une personne qu'on se met soudainement à insulter. L'affectueux et tantôt méprisant "Tu". La proximité et l'humiliation. 

Le respectueux, le noble "vous". L'enfant devenu grand. Vous avez droit au respect maintenant, vous êtes en âge. La distance et l'élégance, la marque de respect, mais aussi et surtout, la barrière. Ne pas connaître, ne pas intégrer à sa vie. L'étranger. La barrière sociale.

La gigantesque et monstrueuse barrière sociale, affective. La barrière humaine déplorable. Cette différence entre les hommes et les classes incorporée dans un simple langage, qui a pourtant le but d'unir, d'échanger. Comment faire quand notre propre langue ne nous met pas à égalité ? Comment faire quand dès le départ, on nous apprend, au travers de notre langue à créer des distances avec les autres ? Comment peut on espérer avoir une communauté unie, avec de telles bases de départ, enseignées depuis le berceau ? 
Vous me répondrez, et vous aurez raison, qu'en Amérique on est tout aussi cons, même sans vouvoiement. Mais est-ce que ça justifie pourtant ce que notre langue nous enseigne ? Faudrait-il pour autant la trouver normale, cette barrière, ne pas soulever ce point ? Non.
Et, de mon point de vue, si les Américains - Anglais - toussa toussa -  restent potentiellement des cons comme nous en sommes, ils ont eu au moins la délicatesse de ne pas avoir créé un langage où la séparation des êtres et des classes étaient clairement établis, et d'en faire un noble drapeau. Ce qui en fait des cons comme nous, c'est d'avoir fait d'autres choses, à échelle humaine, toutes aussi crades, voire pires.

On est tous des cons, c'est juste que chez nous, on le parle couramment et on essaie de nous faire croire que c'est de l'élégance et du respect. 

Repousser les autres, les mépriser, peu importe la façon de le faire, elles se valent toutes. Aller jusqu'à fabriquer un langage qui sépare les gens en faisant passer ça pour de la classe. C'est pas dans les racines d'un humain ça. C'est comme le racisme, on ne naît pas en haïssant si violemment l'autre pour des raisons qui dépasse le grotesque, ça s'apprend. Ça se créé, ça s'apprend, et on le glisse discrètement pour le faire avaler aux autres, comme un poison placé dans la nourriture quotidienne à notre insu. 

Le vous n'est pas une marque de respect, c'est du vent. Ça, c'est ce qu'on nous fait avaler depuis tout petit, et qu'on répète à tort et à travers sans y avoir réfléchi. Un exemple.

Je t'emmerde.
Je vous emmerde.

C'est vrai qu'il y en a un qui est vachement plus classe que l'autre, de toute évidence. 

Le message, les sentiments qui l'accompagnent restent les mêmes, que ce soit dit avec un "tu" ou un "vous". Cette notion de classe et de respect ne sont que des illusions, et on nous a élevé avec. 
Il y a des gens à qui beaucoup disent "vous" tout en les méprisant littéralement et pour qui ils n'ont pas le moindre respect. Il y a des gens à qui beaucoup disent "tu" et pour qui ils ont le plus grand respect. Ça ne veut rien dire tout ça, ça ne ressemble à rien, ça n'est que du snobisme, une barrière de plus à toutes celles qu'on se met déjà. Barrière qui n'a aucun sens véritable.

Lorsqu'on va en Angleterre ou en Amérique, personne ne s'offusque d'entendre "You", même si la personne qui nous parle ne nous connaît pas. Pourquoi n'est-on jamais choqué chez eux ? Parce qu'on sait que chez eux, ce "tu" et se "vous" n'existe pas. Dans notre esprit, nous devenons systématiquement égal à eux. Donc on ne se sent pas insulté. On s'offusque ici, parce qu'on sait que chez nous cette notion existe. Et, lorsque le "tu" maléfique est prononcé : Oh mon Dieu, cette petite chose me rabaisse à elle et ose la familiarité ! Vite, une lingette !

Je compatis. C'est dégueulasse. 

Sincèrement... A quel moment, "tu", ça devient un gros mot ? A quel moment "tu" est devenu synonyme de "petite merde" ? C'est écrit où ça ? Pourquoi parler de volonté d'égalité, puisque dans notre langage, l'autre n'est déjà pas notre égal ? 

Dans ce que je dis là, ou pourrais tout aussi bien prendre le "vous" pour le langage courant, pourquoi pas, un mot n'est qu'un mot, le soucis est qu'il y en a deux, auxquels on donne un sens au final, relativement détestable.

Nous avons cette notion, parce que notre langue est construite comme ça, et que depuis tout petit, on nous répète que vouvoyer est un signe de respect, que le tutoiement est une familiarité potentiellement déplacée. 
Mais dans les faits, l'un n'est pas plus respectable que l'autre. Pour les deux on peut dire d'aller se faire foutre. Tu ou vous, rien ne change sous le soleil, les intentions sont ce qu'elles sont, et vous pourrez y mettre toutes les formes et la noblesse que vous voulez, repousser quelqu'un, maltraiter quelqu'un, ça reste repousser quelqu'un ou maltraiter quelqu'un. C'est un fait. 

Il y a déjà tellement de barrières entre les humains. Ce qu'on nous enseigne depuis que nous sommes petits ne sont pas forcément des choses à adopter, à suivre. Ce n'est pas parce que les choses sont encrées, là depuis toujours qu'elles sont légitimes. Réfléchir sur nos concepts, notre culture, et ce que ça engendre, est important si on veut que le monde évolue. Si on veut que le monde évolue, vivre en communauté ou règne la réelle égalité, ça commence par faire péter toutes ces barrières à la noix.

Le respect, contrairement à ce qui est véhiculé, n'est en aucun cas un dû. Le respect, ça se mérite. Pour être respecté, il faut être respectable. Il n'est pas non plus question d'âge. Dans mon travail, je croise des adolescents de 13 ans bien plus sages et respectables que beaucoup de leurs aînés. 
Être un enfoiré, c'est une question de volonté et c'est un potentiel réel, qu'on soit jeune ou moins jeune. Donc, quand j'entends "tu me vouvoie car tu me dois le respect", vous n'imaginez pas à quel point je peux rire. Surtout quand la personne se permet au passage de tutoyer, ce qui, selon ce concept de langage, en dit long sur sa mentalité. 

Malheureusement, bien qu'ayant cet avis, ayant l'impression d'avoir compris (oui, "l'impression"... Je n'ai pas forcément tout saisi, je ne suis pas Dieu) je ne suis pas en position d'agir comme je le souhaite, car ce concept est trop encré dans notre culture. Si je tutoie un de mes clients, il pourrait mal le prendre. Il le prendrait comme un manque de respect parce qu'on lui a apprit que s'en était un. Alors que dans mon esprit, lorsque je tutoie quelqu'un, même que je ne connais pas, c'est juste parce que je le vois comme mon égal. Je ne mets pas, dans mon esprit, de barrière entre lui et moi. Les gens que je rencontre que ce soit sur le net ou dans la vie concrète ne sont pas meilleurs, ni inférieurs, ils sont humains et on vit sur la même planète.
Le tutoiement, chez moi, n'est jamais un manque de respect. Je vouvoie et ça me gêne, cette barrière entre moi et ces gens, que je considère comme étant égaux à moi. J'ai la sensation de les repousser froidement, de ne pas vouloir les inclurent à la vie de la planète. Le "vous" est pire qu'une notion d'étranger. C'est un rejet. 
J'ai bien entendu cet avis car le "tu", dans notre culture est signe de proximité, quand il n'est pas utilisé de façon détestable. J'en ai conscience, que je le vois comme ça, parce que c'est ce qu'on m'a appris. Mais si on prenait le vous, je pense que je m'habituerais, puisque je cherche en permanence à me détacher de concepts à la con qu'on nous enseigne depuis qu'on est môme. 

Vous savez que si on s'y met tous, l'un des deux pourraient disparaître, et potentiellement, une barrière avec ? 

L'utopie sera toujours une de mes plus grande qualité.