Le samedi. Ce jour de bousculade dans les grands magasins. Et même dans les petits, d'ailleurs. 

Je suis pourtant, croyez-moi sur les rotules. Avec ma sale habitude de ne manger qu'une fois par jour et de n'avaler que du café ou de l'eau en dehors (ouaiiiis faut prendre soin de toua tu vouaaaa, qu'elle dit l'autre), je me suis retrouvée, en mode vieille mémé, avec le caddie qui portait les courses. Et moi avec. Vous imaginez avec tout ce que ça voit un caddie, si ça se mettait à parler ? On prendrait cher.

Et je me parle.

- Prends des gâteaux Angellyca. C'est sucré, ça aidera un peu.
- Ouais mais nan ça fait grossir.
- Oui mais là tu vois presque double, faut arriver à rentrer après.

Et effectivement, j'ai un gros trajet. Et effectivement, mon caddie devait commencer à en avoir marre de me soutenir à ce point là. Je baillais, somnolais debout, me traînais et je voulais regagner ma campagne calme, me poser dans mon chez moi. Me voilà donc au rayon gâteaux. Avec Madame Gâteaux. 

Charmante dame, d'une cinquantaine d'années, bonne vivante. Elle parle, Madame Gâteaux.

Difficile d'être au rayon gâteaux. Ce rayon qui offre un choix impressionnant de choses toutes aussi craquantes les unes que les autres. Avec de la framboise, de l'abricot, de la fraise. Marbré ou quatre quart au beurre, biscuit à la cuillère saupoudré de sucre glace ou non. Et, une multitude de gâteaux encore divers, avec ou sans chocolat, qu'il soit noir ou au lait, croquant ou fondant. C'est un coin Willy Wonka, en moins bien décoré. 

Madame Gâteaux, avec 2 paquets de gâteaux dans les mains. S'adressant à moi, elle me dit, me prenant pour son amie qui était à côté d'elle quelques secondes auparavant "C'est ceux là que j'avais aimé ou pas ?" Amusée, je lui ai répondu "Oui, c'est fort probable". Ne reconnaissant pas la voix de son amie, elle m'a regardé, et a éclaté de rire. 

Ce rire. Un rire qui venait du coeur, instantané, ensoleillé. 

D'ordinaire, je suis du genre à fuir toute interaction sociale avec des inconnus. Quand on me parle, il est rare que je réponde. Je ne méprise pas les gens, jamais. Mais je ne suis pas à l'aise avec les autres, en réel. Je ne parle à personne, ne regarde personne. Si je vois qu'une personne essai de me mêler à une conversation, je vais regarder ailleurs pour me sortir de cette situation inconfortable. Je ne suis pas détestable. C'est un peu plus profond et compliqué que ça.

Ce n'est pas la première fois, que je me rends compte que sous le coup d'une énorme fatigue, je suis parfois plus sociable. Oui parfois. L'effet inverse peut arriver aussi. 

Mais Madame Gâteaux y est pour beaucoup. Elle dégageait plein de belles choses. Elle était gentille, sociable, gaie. Et j'ai senti qu'avec elle, je pouvais m'offrir ce morceau de rigolade dont j'avais au fond besoin, lui sortir cette vanne foireuse d'Angellyca fatiguée. Et justement, j'étais (et suis) tellement fatiguée que je n'ai pas mis de barrières. Puisque j'étais déjà installée en mode zombie à côté d'elle, autant lui répondre, que je me suis dit. 

On a rit et elle est partie. Et moi aussi. Avec mon petit paquet contenant ma torture préférée. 

Vous savez, il a pas de marque ce truc. Celle du magasin, et tous les magasins en font. C'est une imitation des Pim's. La génoise toujours, sauf qu'elle est recouverte de chocolat blanc et fourré à la cerise. Ce sont mes gâteaux préférés. La marque Pim's n'en fait pas je crois, ou je n'en ai jamais vu. Mais au final la marque m'importe peu, je suis repartie avec mon petit paquet diabolique.

Madame Gâteaux restera dans mon esprit, comme d'autres personnages croisés avant elle, qui ont su faire d'un moment banal quelque chose de sympathique, pour l'associale que je suis.