Une histoire d'amour certes, mais une histoire longue distance. Cette pensée que je partage aujourd'hui, fait suite à mon article d'hier sur mon jardinet et mes deux vieilles biques

Pour faire un résumé, je me suis fâchée contre deux voisines qui me jugeaient pour ne pas entretenir mon jardinet, donnant sur la rue. Les raisons que je donnais pour ne pas m'en occuper :

- 1) J'ai tellement la main verte que tout crèverait, de toute façon. 
- 2) Je vis en bordure de route, et les gens arrachent ou volent. Je vais pas m'emmerder pour que tout soit massacré.
- 3) Je considère que ce jardinet n'a pas besoin de moi. Je laisse vivre ce petit bout de nature et je n'intervient que pour tout retirer à un moment donné. Je fais comme ça depuis 18 ans et tout continue de pousser. Comme quoi, que je n'existe pas pour lui reste préférable pour sa survie.
- 4) Je suis une maman toute seule à la tête d'une entreprise et de la vie que ça implique. Alors merde au jardinage, hein. J'ai autre chose à foutre, c'est pour ça que chez-moi, il n'y a pas la moindre plante. J'aime ça, mais je n'y connais rien, ne sait pas les soigner, je n'ai pas de temps pour ça, et blabla et blabla.

Et le point qui fait ma réflexion, c'est le 3ème. Mis ici en gras, pour vous faciliter la tâche. 

Je laisse ce jardinet tranquille parce que pour moi, la nature n'a incroyablement pas besoin de nous. Je trouve que l'humain à un rapport malsain avec elle. Il n'est en aucun cas dans le respect, l'admiration, mais plutôt dans la domination. 
Je ne vais pas parler d'enlever les mauvaises herbes, qui à mon sens est un acte positif de préservation pour elle-même en priorité (bien que pour nous aussi, c'est un équilibre) mais plutôt de notre façon de modeler. Pour moi, tailler un buisson, emmerder quelqu'un parce qu'il ne fait pas son jardinet, est dérangeant. 
Parce qu'il ne s'agit pas de bien être pour la nature, mais de conformité en fonction d'un bon vouloir humain qu'il ne devrait pas imposer, parce que finalement très négatif, y compris pour lui-même. 

Les routes dans les forêts. Tout le monde trouve formidable d'y passer, pourtant, ces routes sont une totale aberration. La foret est la demeure des animaux qui y vivent, et nous avons rasé, chamboulé, détruit, pour juste passer en voiture. Désir d'aller plus vite ou autre, je m'en fiche un peu. Ça n'était pas à faire. On ne devrait pas, pour moi, y passer, et laisser la nature refaire son truc. Gagner du temps, c'est la raison principale des passages ou la beauté du passage. Si je peux comprendre que gagner du temps soit important, il est pourtant enseigné par de nombreux psychanalystes que vouloir absolument gagner du temps au détriment du bien être au sens large est une catastrophe pour l'épanouissement de soi. Passer dans ces forêts peut se faire à pieds, balade se faisant, dans le silence et le respect de tous, ce qui apporterai le réel bienfait, qui n'est que très éphémère et finalement très incomplet, voire absent, à cause de la voiture elle-même. Et la voiture n'a aucun impact. Je veux dire, tu roule en Porsche ou avec la voiture à Mickey, tu seras privé du même réel bien être. Et tu imposeras un même réel mal être, à toi et aux créatures qui vivent là.
Les panneaux sont là pour dire "attention, des cerfs passent". Et ça choque personne. A aucun moment, les gens ne se disent "ils vivent ici, normal qu'ils passent, on devrait peut être pas passer nous, on devrait pas prendre ce risque de les heurter ou les tuer". Moi, ça me choque. Ça me choque, parce qu'à côté de ça, l'humain est capable de téléphoner à la police si tu te fous devant son portail. Mais il va rouler en forêt. Impressionnant. Et pas dans le bon sens.
Je ne dis pas que se mettre devant un portail n'est pas grave, on est pas supposé faire ça, et le faire est irrespectueux, car il s'agit, de façon volontaire et je m'en foutiste, d'empêcher une personne d'user de sa liberté de circuler, sachant en plus que son besoin de sortir peut être urgent et même potentiellement grave. Mais aller en forêt en voiture aussi, ce n'est ni normal, ni respectueux. Mais pourtant, ça s'allume pas là haut. C'est ça, que j'essaie de dire. L'humain exige un respect qu'il n'est même pas foutu d'accorder. Ça ne ressemble à rien. 

Tailler les arbres, les buissons, les jardinets.... On fait tout ça en fonction de nos constructions. C'est à dire que le buisson va être taillé pour correspondre à ce qu'on veut qu'il soit dans notre décor et en fonction de notre confort. Il va être dominé, amputé, juste parce qu'un trou d'balle trouveras que ça fera mieux dans son jardin, même qu'il pourra le montrer au voisin. Même que d'ailleurs, ça fera que le voisin va l'envier, parce que dis donc, qu'est-ce qu'il est beau son jardin tout pas naturel et hyper symétrique. C'est à se demander si parfois, le jardin n'est pas comme les bagnoles, un vulgaire prolongement du pénis, ou d'un autre truc du genre. 

C'est un rapport de domination, pour moi. La nature est un objet que l'homme sculpte en fonction de ses envies esthétiques, de sa conception malgré tout très réduite du monde, pour ne pas dire ridicule, puisque limité à sa seule petite personne. 

Rappel :

Blog Anamnesis

Je parle souvent de vivre au fond des bois. Et souvent, en pensant à ce que je dis présentement ou que je vois notre architecture, si belle soit-elle, nos avancées technologiques, je ne peux pas m'empêcher de me dire que tout ça est une erreur. Nous avons rendu tout ça indispensable, nécessaire, nous nous sommes tellement piégés nous même avec cette notion de progrès. Je ne dis pas qu'on ne devrait pas progresser, je dis qu'on progresse très mal. Les moyens utilisés et les façons de le faire sont déplorables et ne sont même pas des progrès en bout de ligne. Parce qu'on progresse dans l'extrème, l'abus, au détriment de tout et même de nous. la créativité, le génie dont nous sommes capables devrait être un outil de préservation, de soin et de sublimation, sans que jamais il n'y ait le type de débordements que nous engendrons systématiquement depuis des millénaires, et qui aujourd'hui, posent gravement problème. 

Mon jardinet n'a pas besoin de moi. Aux yeux des deux pétasses d'en face il est laid, à mes yeux à moi il est libre et en tant qu'élément naturel, il n'a pas à être beau en fonction des conceptions étriquées de deux abruties notoires. Je vais aider quand il étouffe, mais mon acte reste ponctuel et positif, il reste libre et en vie, il avance et existe. Je dois intervenir.... Deux fois par an. Je ne veux pas le sculpter, qu'il corresponde à une quelconque volonté dont il n'a, en réalité, pas besoin. 
Je pense que nous devons avoir un rapport équilibré avec la nature. Il est vrai qu'elle peut subvenir à nos besoins et que nous pouvons l'utiliser, mais en échange, je pense que son équilibre et sa nature profonde doivent être scrupuleusement respecté. Elle ne doit pas être sculptée pour et par nous, nous devons construire et exister en fonction d'elle. 

Parce qu'encore une fois, nous avons besoin d'elle. Mais l'inverse est faux. 

 En écoute : Lacuna Coil - Devoted